Il est plus que temps de lever un malentendu…

Une lettre de Didier L., journaliste et syndicaliste, écrite à titre personnel.

Toulouse, le 23 janvier 2019

Rien de plus facile, dans une manif, que de s’en prendre à un journaliste. Trop facile, la cible,  quand elle n’a qu’un brassard presse et un appareil photo ou une caméra pour se protéger.

Certes, le forces de l’ordre s’en donnent à coeur joie, surtout quand ces témoins gênants filment d’un peu trop près des scènes de violence policière…

Mais depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, les insultes et même parfois les coups  contre des journalistes ont pu également venir du côté des manifestants eux-mêmes, de la part de quelques éléments certes minoritaires, car, dans la plupart des cas, ce sont d’autres gilets jaunes qui sont aussitôt venus à la rescousse des confrères et consoeurs qui pourtant étaient simplement là pour travailler.

Cette lettre n’a d’autre but que de lever un énorme malentendu: il ne faut pas se tromper de colère!

Nous ne pouvons que comprendre, et partager, la colère des Gilets jaunes quand leur soulèvement est réduit à quelques actes de violence. Sans jamais bien sûr pointer la violence sociale ni la surdité des gouvernants qui en sont les premières causes.

Nous, journalistes, sommes bien placés pour savoir que le droit à l’information est trop souvent bafoué. Le citoyen en paye le prix, mais le journaliste aussi quand il n’a pas les moyens de pouvoir exercer sa profession en pleine conscience et donc en toute indépendance.

Voilà pourquoi mon syndicat, le SNJ (Syndicat National des Journalistes, le plus représentatif dans la profession) se bat depuis toujours pour que tous les journalistes puissent travailler en accord avec leur conscience professionnelle.

1/ Voilà pourquoi nous revendiquons un statut juridique qui permettrait de garantir une réelle indépendance à chaque équipe rédactionnelle vis-à-vis de ceux qui possèdent les médias. Il faut savoir  que dans le secteur privé, 9 milliardaires contrôlent aujourd’hui plus de 90% des médias, tous supports confondus, et dans le secteur public, les directeurs sont nommés par les membres du CSA eux-mêmes choisis par le pouvoir politique (voir carte jointe).

2/ Voilà pourquoi nous revendiquons également une mise sous conditions  des aides publiques à la presse. Plus d’un milliard sont ainsi versés chaque année aux médias sans que ceux qui les contrôlent ne soient tenus par le moindre engagement d’ordre déontologique, et sans non plus que ces aides ne soient suspendues lorsque des textes légaux tels que le code du travail ou la convention collective des journalistes ne sont pas respectés.

3/ Voilà pourquoi nous appelons de nos voeux la création d’un conseil de presse tripartite (public, éditeurs, journalistes) qui pourrait être saisi après tout manquement déontologique, ce qui permettrait notamment de savoir comment et pourquoi une information n’a pas été délivrée au public avec honnêteté.

4/ Voilà pourquoi nos militants se battent chaque jour contre les différentes formes de précarité qui ne cessent de s’aggraver dans notre profession, ceci ayant pour double conséquence une fragilité sociale et une fragilité éditoriale vis-à-vis des employeurs.

5/ Voilà enfin pourquoi le SNJ exige en vain depuis des lustres l’adjonction de notre charte de déontologie 1918-38-2011 à notre convention collective, afin que ce texte fondateur de notre profession devienne opposable, ce que nos patrons de presse n’ont jamais voulu accepter. En voici le préambule:

« Le droit du public à une information de qualité, complète, libre, indépendante et pluraliste, rappelé dans la Déclaration des droits de l’Homme et la Constitution française, guide le journaliste dans l’exercice de sa mission. Cette responsabilité vis-à-vis du citoyen prime sur toute autre. » (Lire la suite en pièce jointe…)   

Dans le combat légitime des Gilets Jaunes contre l’injustice sociale et pour une démocratie réhabilitée, l’immense majorité des journalistes aspire simplement à pouvoir travailler en accord avec leur conscience professionnelle. Loin, très loin des présentateurs vedettes et autres éditocrates qui ont depuis longtemps déserté le terrain pour préférer les sunlight et les dîners en ville, confortablement assis à la même table que les dominants…

Nous journalistes, qui plus est quand nous sommes des syndicalistes dignes de ce nom, ne savons que trop qu’il ne peut y avoir de véritable démocratie sans réelle égalité sociale, et réciproquement.

Sur ces deux aspirations essentielles du mouvement des Gilets Jaunes, nous ne pouvons qu’être du même côté de la barricade! 

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