iPublié le 11 mars 2019 par mromaley

Bonjour, Samedi 9 mars 2019, j’étais à la manif, comme tous les jaunedis. Voici donc mon témoignage, partial, car je suis furieuse, et non exhaustif, car j’étais en plein milieu et je ne suis pas omnisciente, juste humaine (ne me demandez pas pour les lancers de kakatov, je n’ai rien vu). Dès 14 h 20 à la Comédie, alors que nous nous réunissions pour décider de la suite, ont débarqué une dizaine de policiers de la BAC qui voulaient… eh bien je ne sais pas. C’était à la fois inhabituel et incompréhensible. Si quelqu’un a la réponse, je suis tout ouïe, car mis à part nous regarder et nous pointer avec leurs LBD (vous auriez vu la tête des observateurs de la ligue des droits de l’homme !)… Qu’importe, je n’avais jamais vécu ça en manif à Montpellier, pas aussi tôt ni aussi gratuitement : nous n’avions pas commencé! Tout le monde a pensé, moi y compris, que c’était pour nous narguer, une façon d’envenimer les choses (il faut connaître le passif qu’on a avec ces cow-boys depuis 17 actes, ils sont plus que haïs et pires que haïssables. Même les autres membres des forces de l’ordre ne les supportent pas). Nous les avons fait reculer à grands cris et slogans (« La police fait son travail, ça crève les yeux »), les CRS sont arrivés en masse pour les évacuer et c’est parti en vrille. Casse de la grille métallique du Mac Do dans le mouvement de fuite général. Puis, les féroces de la BAC nous ont poursuivi tout l’après-midi, nous chassant à coup de lacrymo, de GLI et de LBD (y compris les personnes âgées et les handicapés dont je m’occupe !). Les CRS nous ont canalisé en bloquant des accès, ils nous ont nassé au Peyrou où nous avons dû forcer pour passer et jusqu’à 17 h, je n’ai pu à aucun moment quitter le groupe (déjà séparé en plusieurs), car nous avons été repoussés à plan cabane (quartier de Montpellier) et dans des rues que je ne connaissais même pas, notre plus grosse crainte étant qu’ils nous piègent, nous frappent et nous arrêtent. Les cow-boys de la BAC derrière nous, nous avons couru et oui, certains ont fait des barricades pour les ralentir : poubelles en feu, mobilier urbain placé au milieu de la voie, etc. Les gens étaient énervés, les casseurs se sont déchaînés et, cette fois, nous ne sommes pas intervenus, pour deux raisons : la première, tout simplement parce que nous étions occupés à sauver les fesses de nos voisins et les nôtres et la deuxième: ils sont les seuls à nous avoir aidés. J’ai vu des personnes tomber au sol dans la panique, ou trébucher, et là, ce sont les casseurs ou black blocs, peu importe le nom (tout en noir, le visage masqué), qui ont prêté main-forte aux gilets jaunes à la traîne, qui ont demandé si ça allait, qui ont orienté les blessés vers des médics… Je les ai entendus hurler vers les flics pour qu’ils laissent les vieux et les handicapés partir (certes, dans un langage fleuri), j’ai regardé ces personnes que je craignais il y a encore quelques semaines, être plus solidaires et humains que les passants qui nous mataient en train de vomir et de pleurer en riant (je vous rassure, pas tous. Nous avons souvent été applaudis, encouragés par les commerçant (incroyable hein!!), et merci à la dame qui a permis à mes mamies de se cacher et de s’échapper). Alors oui, on ne les a pas empêchés d’agir cette fois, et en effet, il m’a fallu beaucoup de volonté pour ne pas participer aux dégradations, je le dis franchement. Ils veulent nous décourager, nous faire peur, nous obliger à rester chez nous, niant nos droits, notamment celui de défiler pacifiquement. Quand on décide de quand même protester, ils nous poussent à bout, jusqu’à la violence, pour pouvoir nous traiter de haineux dans les médias complices. Je ne comprends pas cette nouvelle façon de gérer la manifestation (il paraît que mardi soir, ils ont appliqué la même méthode). D’habitude, on marche autour du centre-ville, on s’arrête à la préfecture, on se fait arroser et gazer à 16 h 30 tapante (signal pour évacuer les plus fragiles et/ou les pacifistes), et ça repart en cortège sauvage. Mais ça ? NON ! Avez-vous déjà fui en entendant les flashballs rebondir sur les murs autour de vous, dans les explosions de grenades dont vous ne savez pas si c’est une GLI ou juste du gaz ? Avez-vous déjà senti la peur vous engluer les veines, vos mains trembler, et vos jambes vaciller tellement vous craignez qu’une de ces choses vous tombe sur la tête ? Avez-vous déjà vu une dame de plus de 70 ans, terrifiée, pleurer parce qu’elle ne se pense pas capable de courir assez vite et vous dire de la laisser ? Avez-vous déjà senti votre cœur sursauter si fort au son d’une détonation trop proche, que vous avez mal dans la poitrine, sans compter la désorientation qui vous fait trébucher ? Avez-vous déjà eu peur pour votre vie juste en marchant dans la rue ? Est-ce ça l’avenir de ceux qui veulent exprimer leurs désaccords avec le gouvernement ? La violence ou la prison ? Si j’en crois les témoignages que j’ai reçus par mail, c’est la norme en fin de manif dans quasiment toutes les villes. C’est d’ailleurs ce genre de situations que l’on voit dans les vidéos des blessés à coup de flashball à l’arrière de la tête (se référer au pompier tombé dans le coma à Bordeaux, Olivier, samedi 12 janvier 2019. Il s’est réveillé, heureusement, mais risque d’avoir des séquelles à vie). Mais avant même que la manifestation commence ? Alors que les personnes fragiles sont encore là ? Alors que la place de la Comédie est pleine de familles, de gens qui faisaient leurs courses ou qui allaient au Corum pour le salon du jeu ? (Des tas de gosses de la poussette au préado !!) Posez-vous la question. Sommes-nous encore en démocratie ? Où est notre droit de manifester sans être violenté ? Si je suis en train d’écrire et de recueillir tous ces témoignages, de rédiger un roman, c’est pour ça. J’espère que je me trompe, que je ne serai pas inquiétée pour mes articles ici et sur les journaux gilets jaunes. Ni pour mes opinions ou ma présence en cortège. Ou pour les protections que m’ont offerts mes enfants (17 arrestations hier, de nombreuses pour dissimulation de visage par port de masque à gaz). Je rapporte MA vérité, les choses que j’ai vécu, mais en ai-je encore le droit ? Nous le saurons bientôt, pourtant je vous l’avoue, maintenant, j’ai peur. Maria J. Romaley