Suite à différents témoignages postés depuis Samedi, un groupe de Citoyens Gilets Jaunes et non Gilets Jaunes, sont prêt à mettre en place une cellule psychologique en place.

Vous êtes Citoyens Gilets Jaunes, vous vous fâchez avec votre famille, avec vos amis, avec votre entourage.

Il faut expliquer pourquoi vous êtes sortie dans la rue le 17 novembre ? , exprimez votre ressenti …

Travaillions l’affichage public,  …

Comme à chaque traumatisme comme la catastrophe AZF, il est important de s’exprimer soit :

  • Par l’écrit : libre expression : Vider vos tripes pour que le monde entier soit au courant
    • Envoyez vous aussi votre témoignage sur cette page en bas des témoignages,
    • Ecrire sur une feuille, un carnet etc
    • Envoyez votre message sur le site UMDR qui collera votre témoignage sur les espaces publiques, tout le monde verra vos témoignages
    • Postez votre témoignages sur les réseaux sociaux et rajoutez #gj #giletsjaunes #giletjaune
  • Par le dessin :
    • Faire un dessin et prendre la photo pour immortaliser votre ressenti
    • Poster votre dessin sur les réseaux
  • Par des videos :
    • Postez vos videos « témoignage » sur les réseaux sociaux, Youtube, Peertube etc …. et rajoutez #gj #giletsjaunes #giletjaune
  • Par la parole : prendre contact avec une Cellule de crise
    • La Commission Résilience des Gilets Jaunes de Toulouse a mis en place une bulle médicale qui propose écoute et soutien psychologique aux victimes physiques et psychologiques (nombreuses personnes traumatisées) : 06 52 03 63 38

 

Aujourd’hui, lundi, voila que l’acte 22 est passé mais cette impression de le vivre encore!

Imaginer une journée des plus magiques.

Une journée sous le soleil, avec des rires et des sourires, rencontrer et revoir toutes les personnes avec qui nous sommes en lien dans la construction, dans le débat, avec des avis partager mais qui font aussi que tous nous sommes dans cette envie de changement!
Le café nous permet de nous rassembler, les différentes villes sont présentes, cela chante, la musique est présente, un haka est mis en avant pour accueillir tous nos voisins qui ont répondu présent!
Pourquoi venir tous dans la ville rose? Pour reprendre des forces surement, pour se sentir unis peut importe nos régions, pour chanter, et pour montrer notre fraternité!
Il est midi la place est jaune, le cortège va bientôt partir, nous apercevons nos secouristes, les volontaires, les médics , eux qui sont là toujours pour aider l’humain qu’il soit jaune, black, bleu, nous les applaudissons comme un remerciement et une reconnaissance qu’ils méritent!
Le cortège avance, tout le monde est joyeux cela dure 15min … voilà 15 min de rire ensemble; nous regardons partout impossible de passer peu importe aujourd’hui les FDO ont décidés qu’il n’y aurait pas de manif, je m’approche et je suis visée… OH les gags détendez vous ils se passent rien ! La je comprends que cette journée ne servira à rien de discuter, les premiers tires de lacrymos se font , et cela va faire que ça. Vous me direz mais vous aviez qu’à partir? Oui en effet c’est ce qu’on aurait aimé mais non impossible toutes les rues sont bloquées , nous sommes nasses aucune sortie juste devoir attendre et prendre sur nous!
Toute la journée a été ainsi , nous avons garder le sourire, rassurer les gens que nous croisions , un peu de djembé pour remettre de la joie pour beaucoup, les gens chantent danses ça nous fait du bien! les flics reviennent avec le camion a eau ils ne veulent vraiment pas qu’on soit la… Nous partons ensemble et là nous voyons que tout change, on se fait charger en troupes, on se fait tiré dans tous les sens, on voit des gens tomber, des personnes se faire interpeller… et là encore une fois bloqué l’avenue est prise dans tous les sens ils ont réussis , ont est bloqué et là un cauchemars cela tire sans aucun arrêt , le nuage est blanc plus personne ne se voit, je ferme les yeux je vois plus rien tellement ça brule, je n’entends que le bruits des tirs, le bruits des hurlements, des cries de panique ET UN SILENCE, on se dit qu’on va pouvoir partir, mais le répis n’est que de quelques secondes , ils recommencent, des gens tombent, le sang coules, d’autres vomissent, des pleurs d’enfants ; on se sent partir tellement c’est long et agonissant , la question qu’on c’est tous posés mais à quoi ils veulent en arriver? ils veulent nous creuver? Les minutes les plus longues, les plus inquiétantes, mais aussi les plus incompréhensives! Les gens qui ont discuter avec des FDO leurs ont dit clairement vous avez eu envie de venir manifester et bien fallait y penser avant?
Des scènes atroces toute la journée, je les revis depuis , je revois aussi cette scène où mes amis et mon homme sont bloqués devant le métro , interdiction de sortir , interdiction de tout jusqu’au moment où la ils pétent un plomb on les vois taper à coup de matraques, gazé en pleins visages, pousser avec leur bouclier et de voir des gens tomber, cette femme enceinte aussi qui était elle pas loin de moi qui c’est faite jeter en arrière…
Aujourd’hui je demande à chaque personnes d’être consciente de ceux qu’ils se passent réellement dans notre pays! Nous n’avons plus le droit de rien alors oui cela vous gêne dans votre quotidien mais si vous réagissez pas pour la liberté de notre pays qui est la France dans quelques années vous le regretterez; vous pouvez essayer de me faire la moral mais j’ai toujours était juste, polie, courtoise, gentille et je vous garantie que ce que j’ai vécu samedi était une scène de guerre, une chambre à gaz à ciel ouvert!
Je peux dire merci à vous ceux qui sont là le soutient, la force, l’échange, la fraternité
Force à tous

Manue

Ce samedi 13, à Toulouse, nous avons vu la mort arriver. Nous nous sommes retrouvés accablés contre un mur à attendre que la pluie de lacrymo s’arrête proche du monument aux morts. En face, des CRS qui canardent. Derrière, des CRS qui canardent. À droite, des CRS qui canardent. À gauche, des CRS qui canardent. Aucune issue. La seule issus possibles était de foncer sur les forces de l’ordre. Nous sommes des gens absolument pacifistes, nous avons préféré subir que de casser du flic. Face au mur, à se tenir l’un à l’autre d’une main pour ne pas se perdre et à appliquer au mieux les masques pour essayer de respirer, les yeux fermés, nous avons attendu, massés par des forces de l’ordre qui ne faisaient plus du maintien de l’ordre. Certains commencent à s’écrouler, asphyxiés. Nous prions tous les dieux pour que cela cesse, tandis que nous entendons les lanceurs de lacrymos se rechargés, puis se revider sur nous, simple citoyens souhaitant jouir du droit de manifester. Nous sommes au bout, nous suffoquons, puis plus rien. Serait-ce terminer ? L’espoir fut de courte durée, la pluie est revenue. Les plus chanceux d’entre nous réussissent à reprendre une bouffée d’air, les autres continuent à souffrir. Le spectre de la mort est là. La tempête s’intensifie. Un collègue s’écroule au sol. Enfin la lumière est arrivée. Un ami gilet jaune nous extirpe. Il prend celui à terre dans ses bras, l’un d’entre nous l’agrippe, et grâce à notre cordon de mains accrochés aux vêtements, nous sortons tous. Hors du nuage toxique, l’un des notres perd connaissance. Il s’écroule lentement un genou après l’autre. Deux street médic le prenne en charge. Nous, toujours asphyxiés tentons de sécuriser ceux qui ne tiennent plus debout. Quelques claques, pas de reactions
“- J’ai pas de pouls ! ” s’écrit le médic. Au bout de quelques secondes qui paraissent éternelles, le poul revient. Deux minutes après il reprend connaissance et tente, en panique, de se relever, alors qu’à quelques mètres, la tempête reprend de plus belle. Il nous faut mettre les blessés en sécurité. Un magasin bio accepte de nous ouvrir ses portes. Il est à 30 mètres. Le temps de le relever et de le prendre sur deux de nos épaules, c’est trop tard. Le nuage est là. Nous retournons en enfer. Par miracle, une porte s’ouvre. Une dame nous ouvre le hall d’accès d’une cours intérieure d’immeuble. Cette dame, c’est Rosa. Pour nous, c’est un miracle. Nous nous réfugions dans ce petit tunnel d’entrée. Il y avait déjà une petite fille de 5 ans, qui elle aussi était inconsciente. Son père est retenu par la bac qui refuse de le laisser venir la chercher. Nos blessés sont pris en charge par des medics. L’air pur aide à améliorer leur état. Le père de la petite parvient enfin à venir chercher sa fille, toujours inconsciente. Nous rappatrions tout notre groupe dans cet abri. Peu à peu, nous réalisons. 
Nous sommes tous sous le choc. Nous peinons à croire ce que nous avons vécus. Ce n’est pas notre première manifestation dans ce cadre là, mais un tel acharnement des forces de l’ordre a encore franchi un cap. Nous réalisons que les violences policières sont maintenant des violences de masses. Sous le choc, la conclusion nous est évidente. 
“- Ils veulent nous tuer !” 
Puis rapidement, nous n’avons même plus le courage d’en débattre. Nous sommes tous du même avis. Nous avons conscience que l’on pouvait tous y rester et rentrer dans une caisse en bois. Nous sommes abasourdis. Certains restent assis, sans bouger, sans parler, ayant tout juste la force de s’allumer une cigarette. Nous venons de vivre une véritable scène de guerre. Nous rassurons nos proches, nous recouvrons nos esprits, puis attendons le bon moment pour partir. Notre ami qui avait perdu connaissance parvient difficilement à se tenir debout. Je vais l’appeler “M”. Rosa nous fait sortir par la sortie de derrière. Nous lui devons la vie. Nous la remercions chaleureusement et partons. Nous sommes 2 a aider M a marché. Les voitures sont à 5 km de marche, impossible de les rapprocher du centre de Toulouse. M est pris rapidement de nausés. Tous les 20m, il essaie de vomir, mais il n’y parvient pas. Sur le chemin, nous trouvons sur notre route un kangoo bleu et blanc, avec deux personnes en bleu à l’intérieur. Ils nous provoquent :
“-Vous avez ce que vous avez mérité ! À samedi prochain !” 
Notre rage est énorme. L’envie de les mettre sur le toit est là, mais nous restons pacifistes. Nous aurions pu, mais non. Ils nous auront pas à ce jeu là. Par contre on se demande ce qu’ils veulent vraiment faire. On se demande si leur métier est vraiment de nous protéger et nous servir. 
Au bout de 20 bonnes minutes de marche, M parvient enfin à vomir. Il reprend peu à peu des couleurs, mais ne parvient pas encore à marcher tout seul. Nous marchons, tous exténués. Certains commencent à vomir à leur tour. Nous avons conscience de revenir de loin.
Mentalement, nous sommes partagés. À l’intérieur de chacun de nous, il y a plusieurs sentiments. On ressent de la rage. Nous ne parvenons pas à comprendre pourquoi nous avons vécu une telle répression, nous qui avons toujours été pacifistes, qui ne sommes ni casseurs, ni fachos, ni extrémistes, ni quoi que ce soit, nous qui souhaitons juste jouir de notre droit de manifester, de nos libertés de déplacement, d’opinion, d’expression… On ressent de la reconnaissance, envers notre groupe de simple manifestant sans lequel, si nous avions été seul, serions peut-être morts à l’heure actuelle, envers Rosa, à qui nous devons nos vies, envers les medics, qui ont pris en charge nos blessés avec brio. Nous ressentons aussi un petit espoir, grâce à Rosa, nous avons enfin trouvé la preuve que, peu importe leur avis sur la situation (nous ne savons pas ce qu’elle pense des gilets jaune) des citoyens refusent de voir des gens mourir devant chez eux. Nous avons vu de nos propres yeux qu’aujourd’hui, des gens savent encore faire du bien autour d’eux, même auprès d’inconnus et c’est un véritable vent d’espoir au plus profond de nos âmes.

Toulouse, nous reviendrons, toujours pacifiste, comme à chaque fois, jusqu’à que l’ordre repasse du bon côté de la force !

Clément

C’est vraiment très moche ce qu’il s’est passé à Toulouse hier.
À peine sorti, je me fais contrôler par la BAC. Palpations, fouille du sac, des poches… ils me laissent passer avec un grand sourire en me disant « bonne manif » ! Ils ont l’air content d’être là, j’ai l’impression de voir des gosses surexcités impatients de monter dans un manège. Ça rigole, ça fait des blagues bref, pour eux, c’est la fête ! Je repars avec en tête, la vision de ces sourires, en me disant, ce « bonne manif ! » sonne comme un « à tout à l’heure !  » avec pas loin derrière un très probable sous-entendu « vas-y, vas bien te faire gazer et matraquer la gueule ! »

Les syndicats de police dénoncent leurs conditions de travail, nous disent qu’ils en ont marre de devoir faire cette salle besogne : réprimer cette opposition politique populaire à grand renfort de grenade en tous genres, en usant de méthode bien loin du fameux « maintient de l’ordre à la français » et ils ont bien raison de le faire. (de le dénoncer, bien entendu)

Ceux qui m’ont interpellé hier n’en faisaient visiblement pas partie.
Apparemment, pas d’états d’âmes pour eux et heureusement pour leurs familles, pas de suicide en vue non plus. Touchent-ils 500 euros aussi comme les CRS tous les week-end ? (enfin si c’est bien vrai cette histoire…)
Cela expliquerait-il le côté narquois et sadique de leurs sourires qui semblait dire, quand j’y repense : « on va bien s’amuser et en plus on va palper 500 boules ! »

Ça fait bien longtemps que les violences policières sont montrés du doigt dans les banlieues.
Aujourd’hui on ne parle que de celles qui arrivent en manif mais c’est la même concentrée sur une journée.
À chaque fois le même scénario ce répète, là-bas ils oppressent et agressent aveuglément ou presque. Ici, c’est la même chose, seule la couleur visée change.
Jaune d’un côté, marron de l’autre et non ce n’est pas une tentative de blague « pipi caca » foireuse, c’est factuel et ce n’est pas drôle.

Force est de constater que leurs « travail » dans les cités n’a jamais calmé qui que ce soit, bien au contraire même et que, nous l’avons vue encore hier, (et de quelle manière!) nos forces de l’ordre ne le maintiennent pas, ils le font voler en éclat.

Hier, samedi 13 avril 2019, ces fameuses personnes dépositaires de l’autorité publique ont clairement provoqué une énième scène de panique en encerclant et en gazant une foule jusqu’alors globalement calme. Bruyante serte mais très majoritairement non violente . Certains ont peut-être lancés quelques projectiles mais cela ne serait sûrement pas arrivé si nous avions pu avancer librement et pacifiquement.

L’état nous a clairement et simplement retiré notre liberté de manifester.
L’état nous a clairement et simplement empoisonné.

J’ai vomi deux fois, j’ai eu des maux de tête et des vertiges toutes l’après midi et j’en passe, sensation de brûlure dans la gorge…
J’en avais déjà « bouffé » du gaz mais là, bloqué dans cette foule en panique je n’ai pu m’éloigner suffisamment. Le nuage été très compact et tous les accès bloqués. (la « fameuse » nasse)

Un enfant de 4 ans le comprendrait, vouloir disperser une foule en la bloquant de tout les côté c’est comme vouloir vider une bouteille fermée !
Faut-il vous faire un dessin monsieur Castaner ?
Le fameux maintient de l’ordre à la française ce résume-t-il à cette stratégie aussi illogique qu’inhumaine ?

Les gaz sont censés être utilisés pour disperser la foule hors lorsqu’ils bloquent tout autour ils affichent clairement leur volonté de nous maintenir dans cette atmosphère irrespirable.
Conformément à la loi, je ne portais pas de masque ( je respecte la loi moi, contrairement à pas mal d’homme politique par exemple…) mais j’ai été contrains de masquer une parti de mon visage avec mon pull pour ne pas avaler trop de cette saloperie chimique.
J’ai donc été, en quelques sortes, obligé d’enfreindre la loi pour me protéger de l’agression chimique de ceux qui sont censé maintenir l’ordre et tout ça parce que je voulais manifester contre l’injustice ! Ici ! En France ! Pays des droits de l’Homme et du citoyen !?
Y-a pas un problème là ?

Tous les week-end c’est pareil, on voit de simples citoyens pacifiques réagir à une agression injustifiable, anticonstitutionnelle et inhumaine et ils s’étonnent que ça dégénère.
Tous les week-end ils utilisent les LBD sans respecter les consignes de sécurités et tirent dans bon nombres de cas sur des personnes non-agressives. Des dizaines de vidéos le prouvent.

Où sont les leurs ? Qu’ils les rendent publiques si vraiment ils filment lorsqu’ils tirent.
Leurs vies étaient-elles en danger à chaque fois qu’ils l’ont utilisés ?
Combien de cas de tirs dans la tête déjà ? Combien de vidéos montrant des matraquages abusifs ?
Combien d’agents sanctionnés pour ça ?
Combien de grenades risquant de mutiler ou d’asphyxier des personnes âgées et moins âgées, handicapées pour certaines (déjà handicapées pourrais-je dire si je me laissais aller à de l’humour noir !) ont-elles été lancées hier ?
Je n’en avais jamais vu et entendu autant.

Je n’ose imaginer le nombre de blessés, de traumatisés, d’empoisonnés et d’interpellés bien souvent, trop souvent matraqués au nom de ce soit disant maintient de l’ordre.
Je ne suis pas un expert en sociologie mais ça ressemble quand même beaucoup à de la répression politique exercée par un régime autoritaire, non ?

Depuis tout petit on nous rabâche qu’être français c’est respecter ces belles valeurs communes, la liberté, l’égalité, la fraternité, la justice…
Où étaient-elles ces valeurs hier ?
Où sont-elles vos valeurs, vous qui êtes responsables d’un tel carnage ?
Où sont-elles vos valeurs, où est-ils votre honneur, vous qui êtes responsables d’un système qui augmente les inégalités, qui affame le peuple, qui tabasse des vieux, des femmes… qui mutilent des innocents et en enferme d’autres après un procès expéditif, bien trop expéditif même d’après le SAF (syndicat des avocats de France).

60 % des peines prononcées à l’encontre de manifestants ces derniers mois l’ont été dans les 3 jours suivants l’arrestation.
Qu’en est-il des innombrables enquêtes censées être lancer par l’IGPN après ces innombrables signalements ?
Qu’en est-il de Monsieur Andrieux, ce fameux gradé décoré boxeur d’homme menotté sans défense ?
L’autre boxeur, lui, celui en jaune, purge déjà sa peine…

Que fait la justice ?
Où est la justice ?
Où sont la liberté, l’égalité, la fraternité ? Mickael

Ce moment où j’ai cru mourrir

Acte 22 à Toulouse
Arrivées tant bien que mal à Toulouse, après quelques samedis sans manifestation, on est au taquet.
Avec nous on a réussi à embarquer Emilie, trop génial sa première manif avec nous ça va être cool.
On est équipées et motivées on fonce.
Jeanne d’arc: camions de pompier, voiture en feu, vision de guerre dès l’arrivée. On discute avec deux femmes sur le côté de la rue « on s’est fait gazés de tous les côtés déjà on est là depuis midi », on échange quelques mots et les lacrymo en vue!
On file dans la première rue, on rassure Emilie, « tout va bien t’inquiète » …
Rue bayard sous les lacrymo aussi, on fait volte face et on file en arrière.
On tourne dans Toulouse stupéfaites de ce qu’on voit, des gens à terre avec les medics, des feux partout et cette odeur de lacrymo qui nous pique le nez….Ils en ont chié depuis ce matin visiblement…
On retrouve un cortège et on commence à défiler, c’est cool. la musique les chants GJ, l’ambiance est super Emilie retrouve le sourire on est contentes Alex et moi de lui faire vivre ça.
Et puis on arrive à Wilson…. Les crs sont partout mais l’ambiance est là, les gens dansent. ça canarde un peu pas très loin mais tout va bien.
Jusqu’à ce qu’on se rende compte que le piège s est refermé sur nous….
On est une foule massée sur cette petite place encerclés par des crs, « on file on reste pas là » trop tard les matraques sont sorties et le passage est bloqué.
Une porte est juste là avec deux hommes qui s y réfugient, on les suit et on est vite rejoint pas de nombreuses personnes qui n’arrivent plus à respirer, les yeux bouffis qui pleurent, nous on a notre équipement on est pas trop mal alors on les aide du mieux qu’on peut, « tiens du sérum »  » mouille ton écharpe  » « cache toi ici » les lacrymo pleuvent de chaque côté au dessus de nous…On attend patiemment
Le monde bouge on suit le mouvement… Ouf ! Ils nous laissent une porte de sortie!!
On respire enfin, de l’air, on peut enlever nos masque et marcher quel bonheur.
Direction François verdier… On marche en silence, étrange d’ailleurs ce silence vu le monde qu’on est, je crois que tout le monde reprend ses esprits en silence en fait
Derrière nous le nuage revient, et en dessous le canon à eau est là qui avance en arrosant épaulés de ses valeureux crs: on court on fuit !!
« les filles c’est 17h on rentre ! »
Première rue ? Les crs chargent
Deuxième rue? Les crs sont en ligne…. Merde tampis « svp?! NON! Svp?! NON! Si svp on est mortes de trouille, on a peur et on veut rentrer chez nous on est au faubourg ! POUR LE MOMENT VOUS PASSEZ PAS! » le canon est en marche juste à côté de nous, on fuit !
Un renfoncement de porte on s’y réfugie, ça a marché tout à l’heure ça va marcher aussi ici., si on fait les mortes et qu’on attend que le camion passe ça va le faire?!
Et bien non ! On vient de trouver notre tombe, on va vivre là, dans ce petit renfoncement de porte, les pires minutes de nos vies…
Ting Ting les lacrymo nous ont retrouvées, on commence à avoir le visage qui pique on cri car les lacrymo nous tombent aux pieds
« baissez vous, mettez vous a terre, rentrez la tête et protégez vous » un street médic nous a vu et nous met en position de sécurité mais c’est trop tard on n’aurait pas du s’arrêter là
Ting Ting Ting Ting ça tape au dessus de nous, sur les côtés, ça tombe de partout et on ne voit plus rien
J’ai mon équipement ça va le faire… Non ça le fait pas j’ai les yeux qui pleurent et qui brûlent le visage aussi, la gorge aussi, j’etouffe !
J’etouffe putain !!!
« j’arrive plus à respirer »
« quoi?! » Alex ne m’entend pas ça crie de partout
« j’arrive plus à respirer! »
MEDIIIIICCC ELLE ARRIVE PLUS A RESPIRER !!!
Qu’est ce que je ferai sans mes copines ?!?!
On m’asperge le visage et j’entends à demi mots « garde ton calme » mais je peux pas je ne vois plus rien je ne respire plus chaque millimètre de ma gorge est en feu, je brûle de l’intérieur, je vais crever !!
Je m’agrippe à mes copines, quoi qu’il arrive on va s’en sortir…Non là on va y passer…On pleure, on est terrifiées et immobiles, on voudrait plus que tout fuir mais on peut pas !
On se couche sur nous et une voix  » restez au sol ne bougez pas ça va aller » notre ange gardien vient de nous trouver !!
Trou noir, mon corps se déconnecte de mon cerveau, de mon âme, je suis en pause, ou alors morte peut être ?! Tout ce que je sais c’est que ça dure une éternité, des minutes qui sont des heures…
« on y va venez !!! » on me soulève du sol, c’est notre ange, il nous relève et nous fait avancer, on voit tout noir, les yeux brûlent, on ne voit rien, on dépend de lui. On ne le connais pas on ne sait même pas comment il est mais on remet nos vies entre ses mains….puis de l’air « ça va ?! Ça va mieux ?! »
J’ouvre enfin les yeux, je vois flou je m’essuis, me mouche, me rince le visage, la bouche, tout mon corps rejete cette horreur toxique, chaque millimètre de mon visage vomi ce poison.
Je te vois toi, mon ange gardien, sans masque, sans lunettes, les yeux rougis
Son seul soucis?! Si on va mieux!
On a juste le temps de lui dire merci et il repart
Nous on ère ebêtees, là stop on rentre!!!
Et puis on réalise.
On vient de vivre l’enfer, la guerre, l’horreur absolue… On a cru mourir !! Mais on est en vie… Grâce à nos anges, toi « l’ange » et vous les medics, alors MERCI INFINIMENT

Aujourd’hui j’ai cru mourir… Nina

POST SPECIAL « GARDIENS DE LA PAIX » ACTE 22 TOULOUSE
Parce qu’il est temps que l’on remette les choses à leur place je vais m’adresser par ce message à tous les « gardiens de la paix » et non plus aux forces de l’ordre qui rien que dans les mots c’est leur faire bien trop d’honneur, la force revenant de droit à tous les Gilets Jaunes pour leur courage,leur mental, leur présence chaque samedi depuis 5 mois malgré tout ce qu’ils subissent pour remettre de l’ordre dans ce pays.
Parce que nous savons tous que vous êtes là parmi nous à lire nos publications et nos messages pour prendre la température tant vous vous inquiétez de cette spontanéité et cette imprévisibilité qui caractérise votre plus grand ennemi, le Gilet Jaune…. Alors profitons en !!!
Mais les gars n’allaient pas croire que j’essaie de vous faire prendre conscience de quoi que ce soit ou bien vous faire comprendre quelque chose car pour faire ce peu il faut être équipé !! Mon but, juste vous nommer les choses.
Je crois que tout le monde a bien reçu le message samedi Gilet Jaune ou pas !! Il est clair que manifester est dorénavant interdit. Vous avez volontairement mis en place en quelques minutes une chambre à gaz à ciel ouvert !! D’un coté beaucoup de gens pris au piège, enfermés, gazés et paniqués ne pouvant aller ni en haut, ni en bas, ni à gauche, ni à droite, prisonniers. De l’autre côté des Gilets Jaunes et des passants assistaient à une scène étrange et dépourvue de sens !! Ils ont tout vu, tout entendu et surtout compris…
Vous avez commis beaucoup d’erreurs une fois de plus samedi. D’habitude nous sommes presque seuls à voir vos nassages, peu de gens y assistent car vs ns envoyez hors du centre ville, dans les petites rues là ou il y a peu de monde et vous faites vos affaires….mais samedi le peuple tout confondu a tout vu et en quelques minutes la vapeur s’est inversée ! Il a vu ce dont vous étiez capable, les gens ont vu en direct avec leurs yeux et ils ont jugé par eux memes la situation, personne ne le leur a raconté, ils l’ont vécu !!! Ils sont restés pour voir jusqu’où vous pourriez aller et surtout par solidarité pour tous ces Gilets Jaunes qui subissaient vos violences gratuites, car la gratuité a fait la différence…. Les gens se disaient avant quand on casse on assume la punition, mais là…..ils réalisèrent qu’il n’y avait que 15 mn que le mouvement était parti et tout se passait bien, et BOUM !! Ca TOUT LE MONDE L’A VU !!!!! J’étais dans cette nasse avec mon mari durant plus d’une heure, l’incompréhension…. mais un premier constat, ils nous enferment pour nous mettre la haine et ainsi qu’on casse et brûle ce qu’on a sous la main….gagné !! 1/0 !! On s’est rapproché de la sortie et là on s’est retrouvé avec Maxime qui faisait un live et qui « échangeait » avec un « gardien de la paix », ns avons donc assisté à la conversation sur la prime de 500 € pour le samedi !!! Une erreur de plus sur un live de Maxime c’est par rien !!!! 1 partout !!! Cet argent les gars ils puent le gaz, l’évanouissement d’un être humain, le gazage d’un enfant, le matraquage d’une femme, la blessure par une grenade d’un homme et vous le blanchirez en faisant plaisir avec des vacances à vos enfants ou un bijoux à votre femme, vos enfants se distrairont aux dépends d’autres qui seront dans la tristesse de savoir leurs parents en prison ou blessés, vos femmes porteront à leur coup ou leur poignet les perles de la répression….
Nous avons réussi à passer à travers les « gardiens de la paix », lorsqu’ils sont partis charger les quelques personnes réfugiées le long du mur, en esquivant les coups de matraques et avons pu sortir de la nasse pour rejoindre le metro Jean Jaures, et là ns avons été parqués derrière les véhicules des « gardiens de la paix » sans jamais pouvoir revenir avec les autres Gilets Jaunes !! Personne ne pouvait passé, manifestant ou pas !!! Alors à être bloqués les uns et les autres, nous vous avons fait un peu de pub, mais ne nous remerciez pas c’est gratuit comme chez vous !! Et c’est avec ces instants passés avec tous ces gens qu’aujourd’hui je peux me permettre de dire que la vapeur s’est inversée…Les gars, les gens n’en ont pas assez de nous mais de vous et de votre « maintien de l’ordre » qui n’en est plus, car tout le monde sait que les Gilets Jaunes n’empêchent personne d’aller au centre ville, le samedi ils font leur vie et nous faisons la notre et ça se passe très bien, ils sont dans une rue et nous sommes dans l’autre, d’ailleurs je crois que ça aussi ça fait chier le sommet… Si votre but est de bloquer les gens peu importe ou et comment en leur faisant croire que c’est à cause des manifestants dangereux c’est peine perdue !! les gens arrivant sur Jean Jaures et venant d’un peu partout dans Toulouse, disaient tous la même chose, ça fait 3 semaines qu’ils nous font chier avec leur maintien de l’ordre ridicule et dangereux pour tout le monde…. !! 2/1 !!
Puis en début de soirée, nous étions quelques gilets jaunes ensemble et un « gardien de la paix » du groupe des bac est venue spontanément nous parler !! Ils nous a confié qu’il y avait dans les rues de Toulouse ce samedi énormément de BB venus de l’europe entière, information qui n’était pas donner pour parler du mouvement mais pour nous faire prendre conscience de qui nous étions, mais comme ça n’a pas fonctionné alors il nous a expliqué que notre mouvement était constitué d’arabes, en nous demandant si on trouvait normal le drapeau algérien dans ce mouvement et que nous marchions côte à côte avec les ultras gauche, des propos sur le RSA et ceux qui le touchent et ceux qui grugent la CAF et les aides et que c’était toujours les mêmes et qu’ils étaient là au milieu de nous !!! Bref on marche avec n’importe qui et donc qui ne dit mot consent…. Vous savez, vous restez alors…. mais je vous laisse à votre analyse. Moi je n’ai pas voulu affronter sa pensée unique qui réduit tout à rien !!! J’ai juste eu le temps de lui dire qu’il n’avait alors rien compris à ce qu’il combattait depuis des mois mais que par contre aujourd’hui avec leurs prouesses de maintien de l’ordre l’opinion publique avait vu de ses yeux vu ce qu’il se passait dans la rue et que le vent allait tourner, que tout ce qu’ils avaient vu ils le raconteront aux autres en n’oubliant pas de lui rajouter que de plus en plus d’établissements ouvraient leur porte aux gilets jaunes le samedi quand ça chauffait et que c’était une indication !!! Et puis son dur labeur l’a rappelé à l’ordre et il est parti !! Pour moi nous en étions à 3/1 !! Je rentre chez moi avec des explications !!
Alors je vais finir en vous disant que j’ai deux garçons autistes et épileptiques, et que vous ne me ferez jamais plus mal que de vivre ça. Vous ne me ferez jamais plus mal que de savoir que leur avenir sera très sombre quand nous ne serons plus là sachant comment leur présent s’obscurci déjà ! J’ai été blessée par LBD à la cuisse et mon mari au mollet, ça fait super mal mais jamais autant que tt ça et le samedi suivant nous étions en face de vous débout !! Vos gazs, vos grenades, vos matraques, vos insultes et humiliations sont des douleurs puissantes sur le moment mais quand on sait pourquoi on est là, avec l’espoir de changer les choses pour un avenir meilleur alors on se ressaisit, on se relève et on repart et on revient et on reviendra encore et encore car nous n’avons plus le choix, je préfère faire face à vos armes qu’à l’avenir qui se projette devant mes enfants… Vous m’empêchez de sauvez mes enfants et pour ça je vous combattrais jusqu’au boutisme… Nous sommes légion, un homme tombe, un autre le remplace, notre cause est noble et elle guide chacun de nous avec puissance, les étoiles nous protègent et elles sont jaunes, un signe…. A samedi les gars et ce jusqu’au respect que nous méritons !!
Je vous invite à vous les Gilets jaunes, avec classe, à laisser un message aux « gardiens de la paix » pour leur faire remonter l’esprit de la rue et de ceux qui la font vivre, vos ressentis, vos expériences, ce que vous avez entendu ici et ailleurs afin que ce samedi reste exceptionnel…
Force et honneur à tous les Gilets Jaunes de la France entière qui ont combattu et qui ont gardé la rue jusqu’au bout de la nuit ce samedi 13 avril pour l’Acte 22 à Toulouse !! ✊💛✊

Sophia

Les témoignages sont en train de pleuvoir sur ce qu’il s’est passé samedi et qui est occulté par les médias à part Mediapart et le Monde vite fait. Les journaux se sont emparés de faits tronqués / déformés. Ce témoignage est vrai, mon équipe de secouristes sur ce groupe alors que l’un d’entre avait perdu connaissance au sol, 2 autres medics bordelais ont commencé les soins en panique pendant que nous faisions le cordon de sécurité et tentions de trouver où mettre la personne qui a failli mourir à l’abri. Juste après c’est 2 autres personnes au sol que nous avons récupérées, merci au magasin Bio c bon de leur avoir permis d’être mis en sécurité.

Sans parler des grenades jetées à hauteur de tête, des enfants inanimés, d’une gosse de 15 ans tabassée au sol, un handicapé en fauteuil roulant matraqué, d’une femme trainée par les cheveux ce qui lui a arraché du cuir chevelu, un serveur gazé à bout portant car voulait rentrer dans son café à l’abri et un crs avait décrété que non qu’il reste dans les gaz, les gens poussés dans les escaliers de métro à coups de matraque et gazeuse à main, des gens matraqués pour avoir porté une banderole etc etc etc… les passants choqués par les violences sur les groupes de gilets jaunes éparpillés partout, etc etc. Honte au donneur d’ordre, des commercants sont également énervés d’avoir demandé un maintien de l’ordre correct et proportionné au préfet qui a répondu par un maintien de l’ordre agressif et violent qui a provoqué la succession de violences diverses de l’après midi. Tout ce qu’il ne fallait pas faire, il l’a ordonné. Ou plus haut ? Des criminels ces gens

« Ce samedi 13, à Toulouse, nous avons vu la mort arriver. Nous nous sommes retrouvés accablés contre un mur à attendre que la pluie de lacrymo s’arrête proche du monument aux morts. En face, des CRS qui canardent. Derrière, des CRS qui canardent. À droite, des CRS qui canardent. À gauche, des CRS qui canardent. Aucune issue. La seule issus possibles était de foncer sur les forces de l’ordre. Nous sommes des gens absolument pacifistes, nous avons préféré subir que de casser du flic. Face au mur, à se tenir l’un à l’autre d’une main pour ne pas se perdre et à appliquer au mieux les masques pour essayer de respirer, les yeux fermés, nous avons attendu, massés par des forces de l’ordre qui ne faisaient plus du maintien de l’ordre. Certains commencent à s’écrouler, asphyxiés. Nous prions tous les dieux pour que cela cesse, tandis que nous entendons les lanceurs de lacrymos se rechargés, puis se revider sur nous, simple citoyens souhaitant jouir du droit de manifester. Nous sommes au bout, nous suffoquons, puis plus rien. Serait-ce terminer ? L’espoir fut de courte durée, la pluie est revenue. Les plus chanceux d’entre nous réussissent à reprendre une bouffée d’air, les autres continuent à souffrir. Le spectre de la mort est là. La tempête s’intensifie. Un collègue s’écroule au sol. Enfin la lumière est arrivée. Un ami gilet jaune nous extirpe. Il prend celui à terre dans ses bras, l’un d’entre nous l’agrippe, et grâce à notre cordon de mains accrochés aux vêtements, nous sortons tous. Hors du nuage toxique, l’un des notres perd connaissance. Il s’écroule lentement un genou après l’autre. Deux street médic le prenne en charge. Nous, toujours asphyxiés tentons de sécuriser ceux qui ne tiennent plus debout. Quelques claques, pas de reactions
“- J’ai pas de pouls ! ” s’écrit le médic. Au bout de quelques secondes qui paraissent éternelles, le poul revient. Deux minutes après il reprend connaissance et tente, en panique, de se relever, alors qu’à quelques mètres, la tempête reprend de plus belle. Il nous faut mettre les blessés en sécurité. Un magasin bio accepte de nous ouvrir ses portes. Il est à 30 mètres. Le temps de le relever et de le prendre sur deux de nos épaules, c’est trop tard. Le nuage est là. Nous retournons en enfer. Par miracle, une porte s’ouvre. Une dame nous ouvre le hall d’accès d’une cours intérieure d’immeuble. Cette dame, c’est Rosa. Pour nous, c’est un miracle. Nous nous réfugions dans ce petit tunnel d’entrée. Il y avait déjà une petite fille de 5 ans, qui elle aussi était inconsciente. Son père est retenu par la bac qui refuse de le laisser venir la chercher. Nos blessés sont pris en charge par des medics. L’air pur aide à améliorer leur état. Le père de la petite parvient enfin à venir chercher sa fille, toujours inconsciente. Nous rappatrions tout notre groupe dans cet abri. Peu à peu, nous réalisons. 
Nous sommes tous sous le choc. Nous peinons à croire ce que nous avons vécus. Ce n’est pas notre première manifestation dans ce cadre là, mais un tel acharnement des forces de l’ordre a encore franchi un cap. Nous réalisons que les violences policières sont maintenant des violences de masses. Sous le choc, la conclusion nous est évidente. 
“- Ils veulent nous tuer !” 
Puis rapidement, nous n’avons même plus le courage d’en débattre. Nous sommes tous du même avis. Nous avons conscience que l’on pouvait tous y rester et rentrer dans une caisse en bois. Nous sommes abasourdis. Certains restent assis, sans bouger, sans parler, ayant tout juste la force de s’allumer une cigarette. Nous venons de vivre une véritable scène de guerre. Nous rassurons nos proches, nous recouvrons nos esprits, puis attendons le bon moment pour partir. Notre ami qui avait perdu connaissance parvient difficilement à se tenir debout. Je vais l’appeler “M”. Rosa nous fait sortir par la sortie de derrière. Nous lui devons la vie. Nous la remercions chaleureusement et partons. Nous sommes 2 a aider M a marché. Les voitures sont à 5 km de marche, impossible de les rapprocher du centre de Toulouse. M est pris rapidement de nausés. Tous les 20m, il essaie de vomir, mais il n’y parvient pas. Sur le chemin, nous trouvons sur notre route un kangoo bleu et blanc, avec deux personnes en bleu à l’intérieur. Ils nous provoquent :
“-Vous avez ce que vous avez mérité ! À samedi prochain !” 
Notre rage est énorme. L’envie de les mettre sur le toit est là, mais nous restons pacifistes. Nous aurions pu, mais non. Ils nous auront pas à ce jeu là. Par contre on se demande ce qu’ils veulent vraiment faire. On se demande si leur métier est vraiment de nous protéger et nous servir. 
Au bout de 20 bonnes minutes de marche, M parvient enfin à vomir. Il reprend peu à peu des couleurs, mais ne parvient pas encore à marcher tout seul. Nous marchons, tous exténués. Certains commencent à vomir à leur tour. Nous avons conscience de revenir de loin.
Mentalement, nous sommes partagés. À l’intérieur de chacun de nous, il y a plusieurs sentiments. On ressent de la rage. Nous ne parvenons pas à comprendre pourquoi nous avons vécu une telle répression, nous qui avons toujours été pacifistes, qui ne sommes ni casseurs, ni fachos, ni extrémistes, ni quoi que ce soit, nous qui souhaitons juste jouir de notre droit de manifester, de nos libertés de déplacement, d’opinion, d’expression… On ressent de la reconnaissance, envers notre groupe de simple manifestant sans lequel, si nous avions été seul, serions peut-être morts à l’heure actuelle, envers Rosa, à qui nous devons nos vies, envers les medics, qui ont pris en charge nos blessés avec brio. Nous ressentons aussi un petit espoir, grâce à Rosa, nous avons enfin trouvé la preuve que, peu importe leur avis sur la situation (nous ne savons pas ce qu’elle pense des gilets jaune) des citoyens refusent de voir des gens mourir devant chez eux. Nous avons vu de nos propres yeux qu’aujourd’hui, des gens savent encore faire du bien autour d’eux, même auprès d’inconnus et c’est un véritable vent d’espoir au plus profond de nos âmes.

Toulouse, nous reviendrons, toujours pacifiste, comme à chaque fois, jusqu’à que l’ordre repasse du bon côté de la force ! »

Marine Street Médic à Toulouse

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